miniportfolio3_1

 

 

 

 

 Mon nom à moi c’est Eskimo parce qu’à la cantoche quand c’était le jour des glaces en dessert, c’était toujours les «kim cônes» alors évidement les blagues étaient pour moi.

 

 Je suis partie en «pèlerinage» comme le disent les danseurs pour qui j’ai travaillé. Dix mois d’est en ouest, à commencé par le Brésil à la recherche de ces danses et sports de la culture urbaine ou de la culture «pop», au départ «négligés» des milieux intellectuels mais qui ont intéressé les chorégraphes de danse contemporaine. Parce qu’il faut recycler pour atteindre l’avant garde et parce que les chorégraphes d’aujourd’hui ont compris la force créatrice qui tien de l’opposition et des contre courants dont sont nés les mouvements étudiés. 

 

Ce projet a mûri parce qu’à travailler en tant qu’hôtesse d’accueil au Théâtre de la ville de Paris, j’étais payée à regarder des spectacles tous les soirs.

 

01

 

 

 

 L’histoire commence comme ça.

 Ca se passe le jour où, par quelconque empêchement, mon voisin me refile un billet pour aller voir de la danse. 

J’ai 19 ans et pour moi la danse contemporaine c’est un truc clinic, prétentieux où on comprend rien et où il se passe n’importe quoi sur scène.

Mais ce soir c’est Hiroshima dans ma tête.

Je viens de voir une pièce de Pina Basch. 

Ca fait un peu lèche de prétendre que ce soir là ma vie a changée mais rien à foutre, je suis pas loin de la vérité.

Ca c’est pour raconter comment j’en suis arrivé à aimer la danse.

Au fil des années j’en étais venue à critiquer l’intouchable Pina Bausch à raconter qu’il y avait un peu arnaque à voir tous les ans des pièces qui radotent. Mais la première émotion chorégraphique ne s’érode pas et malgré ces moqueries, chaque soirs de représentations, c’était toujours le même typhon dans mon coeur. Pire que tomber amoureux.

Sa mort récente, bien que tellement prévisible (même les monstres sacré ne sont pas éternels), je n’ai pu m’empêcher de sentir mon coeur se broyer en lisant la nouvelle de très loin. Les articles de presse que j’ai réussi à glaner du fin fond du Yunnan ont formulé ainsi «sa mort nous laisse orphelins» et je ne peux le définir autrement ma compassion à la disparition d’une artiste qui m’a laissé une cicatrice comme personne d’autre. Ce Bandoneon qui m’a fait chialer tous les soirs.

 

 Ce projet, dans un sens, est un remerciement à ces chorégraphes qui ont illuminé mon monde.

 

 

 L’autre côté de l’histoire commence en Inde en 2007.


Début mars, Bombay, entre la Gateway of India et Taj Mahal Hotel. J’essais d’allumer ma clope au milieu de cette horde de papparazzis. Mon avion est dans quelques heures et j’attends celle de mon rendez vous avec Guilem chez qui j’ai laissé mon sac pour la journée. Je suis là où l’on attend une star américaine et la brise ne cesse de souffler les flammes de mes allumettes. Deux mains entourent la flamme de ma dernière allumette. Basil. Quelques mots échangés. Ce photographe américain prend l’avion en même temps que moi et me propose de partager le taxi. Le rendez vous est fixé dans une heure au Taj Mahal hotel. Moi qui en suis à compter mes dernières roupies, c’est une aubaine d’avoir trouvé quelqu’un avec qui partager la course. Mais ça ne se passe pas vraiment comme prévu. Basil sort du resto du Taj Mahal hotel en se caressant l’estomac avec une exclamation: «J’ai trop mangé!» suivi de «Attends moi une minute je vais récupérer mes bagages». L’incompréhension me gagne. Je crois avoir trouvé l’homme à carte infinite que j’ai toujours cherché à épouser! Le portier appelle une voiture, une berline arrive devant nous, je ne bouge pas tandis que Basil charge sa valise dans le coffre. «qu’est ce que tu fais? On y vas!». Je me décompose. Une berline en Inde ça fait l’effet d’une limousine tu sais. J’ai l’impression d’un gros piège. Mes dernières roupies ne suffisent pas pour cette voiture! Mais «fuck it» je me dis. Je fais comme si tout était normal et monte en bagnole. Dans ma tête je prépare un plan: dès qu’on arrive à l’aéroport, je prends mon sac et je cours. 

Dans la limousine, la conversation porte sur son boulot de photographe et les compagnies de danse qu’il a photographié. Fascinating! Captivating! Incroyable! OLALA! C’est fou ça! On se découvre tant de choses en commun. J’ai passé la journée à traîner dans les ports de Bombay, je suis imprégnée de jus de crevettes de poissons avec des fragrances de sueur que je ne peu pas dissimuler. A cette heure-ci je suis tellement pas en mode sexy hot. Mais basil je sais pas ce qu’il a, ça ne le dégoûte pas et s’approche petit à petit, se fait plus tactile, me caresse la main pour qu’on finisse en s’embrassant arrivant à l’aéroport. Il me demande mon numéro de téléphone. Je ne retiens pas un éclat de rire: «Tu vas jamais me rappeler!» «Si si!, il me promet, je vais t’appeler».  Je pense encore: «Fuck it! Rien à foutre!». Je lui lâche mon numéro.


Une heure plus tard je reçois des textos enflammés.

 

 

 

Acte 1

New York

 

Voyager c’est chercher l’accident dont le quotidien nous protège et c’est sûrement ce que je cherche à courir après les abeilles folles.

Me voilà cinq mois après à l’aéroport JFK à la recherche de crazy Bee.

 

Dès le début je sais que Basil est fou. Je lui ai quand même demandé si lui, en tant que photographe, il avait pas des plans de boulot à New York pour moi, bien qu’il soit basé à Portland Oregon. Tout de suite il m’appelle «Prends ton billet NOW! tu vas adorer New York. J’ai prévu d’y emménager. Je suis pas sûre que je peux t’avoir un job mais je vais m’occuper de toi.» «Papillon, t’es sûr que tu sera là? (Basil toujours en vadrouille on ne sait jamais où)» «Non mais t’inquiète. T’as peur de quoi?»

Ni une ni deux, j’ai direct acheté mon billet. «What are you affraid of?», ce défit, je ne sais pas pourquoi, contre toute raison je n’ai pas pu y résister. Désormais je cherche plus à avancer au petit bonheur la chance mais foncer tête baissée.

 

Me voilà à JFK New York city à la recherche de crazy Bee.

Lui, m’a dit que s’il était là, il venait me chercher à l’aéroport. Et évidemment, il est pas là. MERDE!!! Je suis conne, je suis conne, je suis conne, je suis conne!!!! Qu’est ce qu’il me prend de jouer avec des putains de drogués? je me liquéfie. Je n’arrive pas à l’appeler, la panique. J’ai un mois devant moi, et pas un cent pour me loger. Je fini par recevoir un texto: «rendez vous à Brooklyn».

J’ai passé cinq jours avec l’oiseau Bee Bat Basil Butterfly.

Une abeille raide défoncée comme un vieux tacot dans la brousse.

La désillusion est totale à propos de Bee. Il n’est pas riche du tout. C’est à dire que tout ce qu’il gagne est dépensé en drogues. Bird est un clochard qui squatte et qui m’a entraînée dans ses galères. 

Une nuit, en mode batman homme chauve-souris entre les lignes et des litres de coctails, l’oiseau me parle d’un projet de films docus qu’il aimerait mener sur la danse autour du monde. Une idée terriblement excitante mais trop fracassée pour en parler, je lui demande de remettre la conversation à plus tard.

Au bout de cinq jours le papillon doit partir, mais a prévu de revenir dans quinze jours. Comme on occupe l’appart d’une nana en voyage, je ne peux pas y rester. Bee a promis qu’il s’occupait de moi, Bee part à midi au Santa fe, le quartier général de nos nuit éthyliques, pour m’arranger le coup. A minuit je le retrouve toujours là bas. Ce con écarquille des yeux, approche ses mains de sa bouche qui fait une exclamation: «Je sais pas où tu vas aller demain.» Ce baltringue de junky a passé la journée à se foutre des races et m’a oubliée. En me voyant la mémoire lui revient. Improvise Basil! Il se tourne vers ses voisins. «Hey! t’habite où? c’est loin? c’est grand? c’est bien? il y a de la place pour ma copine clodo?» Au final c’est le barman qui me file ses clés: je peux y rester autant que je veux.

Papillon disparu. Plus de nouvelles.Seulement quelques mois plus tard, un message de Ryiad, et quelques mois plus tard débarquant pour une nuit à Paris.

 

Cette histoire, c’est pour raconter ces aventures humaines qui me font vibrer autant que certains artistes et dont chaque rencontres me bousculent et m’embarquent.

Basil, tout comme Pina Bausch, , ne m’a pas laissée indemne. Rencontrer un fou blindé de talent, une rencontre en romance bollywood,  l’attirance que j’éprouvais pour lui, la terrible curiosité de le connaître qui me rongeait, m’a poussée à me faire violence pour sortir d’un certain confort quand on se cantonne à être raisonable et me remettre entre les mains des hasards avec cette phrase qui résonne dans ma tête: «tu as peur de quoi?».

 

 

 

 

 

Acte 2

Préparer un long voyage

 

 Je suis rentrée à Paris la tête à l’envers. Un mois n’importe quoi. Le retour à la morosité parisienne est une douche glaciale. Un boulot peu stimulant, des gens qui se plaignent pour tout et rien, un amoureux laissé de l’autre côté. Je comprends pas très bien ce que je fais ici. Des idées de long voyages occupent mes pensées. Me barrer loin, très loin et très longtemps. J’ai envie de tout alors pourquoi pas le tour du monde?

 

Je me souviens avoir concrétisé l’idée le soir d’anniversaire d’une amie où j’ai raconté à tout le monde que je partais faire le tour du monde. C’est trop tard! Je peux plus faire marche arrière. Je suis pas une fausse meuf.

 

Comment on fait le tour du monde?

Où? Quels moyens? Quels budget? Combien de temps? etc... etc...

 

 En biffant les renseignements, je me rends compte qu’il existe plusieurs bourses pour soutenir certains projets. Je me rappelle alors de cette soirée avec Basil où l’on parlait de danse. Je tiens mon projet. J’aurais voulu développer cette idée avec lui mais j’ai comme dans l’idée que je ne peux pas compter sur lui. Photographier de la danse.

 

 

 

 

 L’adage dit ceci: «L’arbre est voué à mourir sans ses racines mais c’est sur ses branches que pousse le fruit».

 

 Le discours des chorégraphes José Montalvo et Dominique Hervieux a complètement inspiré le sens de mon voyage:

« L’oeuvre que nous réalisons s’élabore en entremêlant mémoire, histoire et géographie de la danse. Nous brassons et embrassons tous les territoires sur lesquels pour nous peuvent germer le sens, le plaisir, la beauté. Notre oeuvre exalte un monde métis à la multi appartenance, aux identités plurielles [...]. On cite, on déclasse, on revisite, on vivifie, on décale, on ajoute, on retranche à l’infinie en toute liberté.» (Extrait du film «La danse, l’art de la rencontre», un film de Dominique Hervieux)

«Au début du XXIe siècle , ce que nous devons tenter c’est de féconder la rencontre entre cultures différentes et les sensibilités différentes afin d’inventer un nouvel imaginaire.» (José Montalvo)

 

Le fruit de la création. La question de la nouveauté.

Ceux qui cherchent à atteindre l’avant garde remettent en question ce qui est acquis. Ca demande parfois d’être en rupture, de se mettre dans la marge, ouvrir le débat en provoquant. La provocation non pas seulement dans le goût de la transgression gratuite mais dans l’idée d’ouvrir l’horizon. Si toutefois la nouveauté est de s’émanciper de la tradition, elle ne peux se soustraire de celle-ci. C’est pourquoi avancer demande parfois d’emprunter des chemins retour. Cette recherche, dans cette cacophonie, les chorégraphes hurlent à pleins poumons le mot “ECLECTISME”. A l’heure des grandes migrations, la devise devient “Unis dans la diversité”.

No border

 

10 mois d’est en ouest, à Sao Paulo, Rio, Salvador, New York, San Francisco, Los Angeles, Tokyo, Himeji, Shaolin, Bangkok, Chiang Mai, Madras, Bombay, jusqu’à Delhi. 10 mois d’est en ouest à photographier du cirque, de la capoeira, du hip hop, du double dutch, du strip tease, du krumping, du jerking, du buto, du sumo, du kung fu, de la muay thai, des ladyboys, du bharata et du khatak.

 

Des danses et mouvements venus de la sauvagerie urbaine, de la sous-culture.

Les combats sociaux qui les ont vu naître: esclaves du Brésil, combattants de la paix dans les ghettos du Bronx et d’Inglewood, artistes japonais contre une société trop sclérosée, moines contre le pouvoir central, femmes qui  fuient la misère en se dévoilant, des ladyboys qui se rebellent contre leur identité sexuelle etc...etc... tous sont l’expression d’une rage. Puisque la société se fout d’eux, on va faire ce qu’on veut.  Jamel Debbouze, figure française de la culture urbaine, l’exprime très bien sur scène «Vous n’avez aucune chance. Saisissez-la!» La violence, le désespoir détournés en force créatrice. Impossible immobilité contre son sort. Des combats perdus d’avance? Lorsque les voix ne se font plus entendre, c’est le corps qui prend la parole. Voilà une façon alternative de résistance. Ces danses des ténèbres réverbères des bas fonds. Danses des crapules, des pouilleux, des pédés, des menteurs et des voleurs. Puisque le monde se fout de nous, le monde est à nous.  

L’art de rue est art démocratique et engagé car il revendique son appartenance et sa différence. Voilà!

 

 

 

Accorder les luttes sociales aux sports de combat, à la sensualité et à la spiritualité.

De la haine à l’amour, de la sensualité à la violence, il arrive que la frontière devienne floue. C’est la passion qui parle.

Les effeuilleuses vivent du désir des vicieux pendant que les lutteurs de sumo, de muay thai se dénudent pour mieux souligner les coups portés. Leurs techniques de résistance qui forcent un corps à corps aux étreintes bien sérrées révèlent tout un aspect charnel qui fait du combat un art sensuel. Le kung fu, une des disciplines  popularisé en occident par les films de genre avec en vedette Bruce Lee a eu un rôle très influent dans le hip hop. Non seulement les influences des exploits physiques impressionnants des capoeristes, mais aussi celle des moines Shaolin  avec leur rigueur basée sur un imaginaire d’autodicipline extrême pour s’acquérir la puissance du tigre et la malice du singe, contraires à tous ces superhéros de la culture téloche Goldorak et compagnie aux pouvoirs surnaturels qui ont abreuvé la culture hip hop. 

 Mais le combat est vain s’il ne s’agit que de rapports de forces. L’art du dialogue, user de la feinte, exploiter l’apparence, faire preuve de malice, d’improvisation, de dramaturgie,  une touche de sacré pour destabiliser l’adversaire. 

 

Loin de la culture chic, le faux pas se déclare art noble.