Samedi j'ai pris le bus pour Bangkok.

La honte totale d'être française ce matin et d'entendre derrière moi les conversations d'un groupe d'étudiants en médecine de 20 ans. "Merde! T'as vu la gueule de celui là?" "Pas moyen! j'm'assieds pas à côté du chinois!" "C'est quoi cette odeur? Ca pue trop ici!" "Mais c'est trop ridicule son chapeau!, mais qu'ils sont cons ces chinois!" etc... etc...etc...pendant 8 heures!

J'ai retrouvé Basil et Danielle! Sa vie semble un peu plus normale aujourd'hui qu'il s'est installé. En fait je crois que je le préférais quand il était fou. Il ne fait rien qu'à attendre que le temps passe ou peut être l'heure de se faire une ligne. Il n'est toujours pas moins adorable. C'est super confortable de retrouver un pote qu'on a pas vu depuis longtemps surtout quand on a une chambre et une salle de bain pour soi. FATIGUEE, je bénie Basil de s'être installé à Bangkok!! La semaine se passe très tranquillement, à bosser, courir un peu partout, comme d'hab.

 

Le vendredi je prends le bus pour Chiang Mai. Basil lui rentre aux Etats Unis pour bosser un peu. Je reprends une vie solitaire à Chiang Mai. L'hôtel où je suis descendue recommandé par Allex (trop recommandé, je n'avais pas le choix) ne permet pas vraiment d'interagir avec les autres touristes bien qu'ils grouillent de partout. Drôle de faune qui rôde ici. Des hippies, des couples des couples. Comment tu veux faire des rencontres ici? Pas grave, je me concocte une petit programme bien tranquilo. Treck dans les villages de minorités (visites chez les longs coups): véritablement un scandale de trappe à touriste et l'exemple de tout ce qui est révoltant dans le tourisme de masse. De pauvres villageoises et leurs gosses dans les pattes le coup orné d'une rangée d'anneaux, attendent là, l'arrivée des touristes pour leur vendre des tissus qu'elles confectionnent. Traîner le soir dans les stades de boxe thai.

Muay Thai!! Quelles sensations! Non seulement la violence du combat mais la musique nasillarde entêtante, le public en transe qui hurle tu sais pas comment on peut hurler autant. Au premier round, j'ai le coeur qui bat à la chamade.

Je reprends le bus jeudi soir pour rentrer à Bangkok. Basil, reparti à Portland, m'a laissé ses clé, je peux rester chez lui. La nuit infernale dans le bus, pas possible de dormir. Trop excitée par cette cicatrice que je garde de Chiang Mai. Je me réjouie d'arriver à 4h30 ce matin, une heure en avance, pour courir chez Basil, prendre une douche et DORMIR. J'arrive à la porte, trop contente de ce plan trop parfait. La clé dans la serrure, je tourne la poignée, la porte refuse de s'ouvrir. MEEEEEEEEEEEEEERDE!!! BASIL salopard de drogué! Il y a 2 serrures sur la porte et Basil m'a laissé une seule clé en me promettant qu'il ne fermait pas le deuxième verrou. Evidemment il a tout fermé. Je suis à la porte à 4h30. J'ai envie de pleurer. Ma première pensée avait été de ne pas me contrarier et de passer le reste de mon séjour à l'hôtel mais je me suis vite rappelé que j'ai laissé toutes mes affaires à l'intérieur. CHIOTE! Je tanne le portier pour essayer de forcer la porte, rien à faire. Je lui chouine que il faut bien que je rentre parce qu'il y a mes affaires. Le truc bizarre c'est que je squatte chez un farang qui est pas là. Est ce qu'il croit à mon histoire? Au bout d'une heure, tant bien que mal, il m'explique je dois parler au manager qui a les clés. OUF je suis sauvée, il faut juste que j'attende 8 heures du mat.

Ce retour à Bangkok m'a achevée. Entamer un voyage pendant 10 mois en solo à me trimballer mon bureau j'ai le sentiment de mener une traversée à la rame en solitaire. Je dois me gouverner seule face au monde. Mon énergie est brûlée à bouger chaque semaines au moins, m'adapter à ces nouvelles villes, nouvelles langues, nouvelles monnaies, ces nouvelles personnes, trouver les contactes pour mon projet, gérer un budget qui se réduit à quelques malheureux euros par jours, anticiper les prochaines étapes etc... etc... etc... Tout toujours trop vite. Ce retour à Bangkok, je suis vidée. Je n'ai plus l'énergie de rien. Il fait une chaleur à crever, humide, je ne suis capable de plus rien. Et quand le soir je me décide de chercher un peu de décadence, des ladyboys à photographier, évidemment des orages éclatent et une pluie des plus denses empêchent toute excursion dehors.

FATIGUÉE. Cependant, la nuit dernière j'ai rêvé du jour de mon retour. J'étais là, dans la maison de ma mère. La chambre qui n'a pas changé, la saison froide était bien là, le ciel gris. Le sentiment d'avoir échappé à ces derniers jours de voyage qu'il me restait, vision de l'horreur, je me réveille les larmes qui me coulent sur les joues. Je suis pas prête de revenir!

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